28 décembre 2007

UE-Afrique : non aux paternalistes européens et oui aux partenaires asiatiques

portugal2007_432En allant au sommet de Lisbonne qui s’est tenu du 8 au 9 décembre dernier, les chefs d’Etat africains sont arrivés avec un message clair destiné aux dirigeants européens : “on veut coopérer d’égal à égal; si vous ne le comprenez pas, l’Orient n’est pas loin”. Fini les APEs et autres vestiges du colonialisme, on veut tourner la page de cette période sombre des relations UE-Afrique.

“Nous ne voulons plus de paternalisme”. C’est en ces termes que le premier ministre marocain a résumé la nouvelle vision de coopération des pays africains. En fait tous, presque d’une seule et même voix, ont défendu la cause africaine pour changer les termes du partenariat Europe-Afrique qui a montré, à travers les siècles, rien qu’un désir de sauvegarde des privilèges économiques traditionnels et de maintien d’un pouvoir politique de plus en plus incertain sur le continent.

Le colonel Kadhafi est sorti encore une fois de ses gonds comme à ses habitudes pour demander une réparation et des excuses de la part des européens suite à l’esclavage et à la colonisation. Mais comme le mal est déjà fait, il faut essayer de passer aux choses plus importantes, cher Guide de la Jamahiriya, bien que le devoir de mémoire soit toujours d’actualité. En d’autres termes les africains peuvent pardonner mais doivent refuser d’oublier.

Comme l’a souligné le président Kuffuor du Ghana, l’Afrique veut un “nouveau partenariat fondé sur le respect mutuel”. On coopère avec ceux qui veulent coopérer d’égal à égal, et pour les paternalistes comme Nicola Sarkozy, que j’apprécie pour son pragmatisme mais pas pour ses idéaux politiques, on les oublie. A ce que je sache, la France n’est pas le seul pays européen qui a des intérêts en Afrique, surtout à l’heure actuelle. Son discours controversé qu’il a tenu à Dakar a montré qu’il existe encore aujourd’hui dans le monde des chefs d’Etat qui vivent toujours dans l’esprit du XVIIIeme siècle. Heureusement que tous les Français ne pensent pas comme lui.

Par ailleurs, cette cohésion des pays africains qui s’est fait remarquer à Lisbonne, commence à être fragilisée. En effet, certains pays comme la Cote d’Ivoire ou le Ghana, ont décidé de ne pas s’aligner sur la même longueur d’onde que les autres Etats en ce qui concerne le rejet des Accords de Partenariat Economique (APE). Ces derniers sont une sorte de clauses de libre échange entre l’Union Européenne et les pays africains, qui sont basées principalement sur des accords préférentiels et une ouverture graduelle des marchés au deux niveaux. Mais ceux-ci sont considérés comme de véritables bombes à retardement par les présidents Mbeki d’Afrique du Sud et Wade du Sénégal.  Ce qui présage de nouvelles tensions au sein même des organisations interrégionales comme la CEDEAO ou l’Union Africaine, qui était jusque la plus ou moins uni derrière le rejet des APEs.

Le président Wade et Mbeki appellent les intellectuels africains à s’approprier le débat sur ces accords économiques. Car après tout, en cas de tâtonnement et d’erreurs politico-économiques, comme ça a été souvent le cas avec les ajustements structurels du FMI, les négociations de Doha ou les accords de Lomé et de Cotonou, ce sont toujours les populations africaines et les générations futures qui risquent d’en payer les conséquences. L’Afrique a trop perdu de temps, c’est le moment d’en gagner.

Une saine coopération entre les deux continents reste un élément majeur pour leur prospérité mutuelle. Donc il y a un besoin réciproque de partenariat qui est indéniable. Ce qui fait dire au président Kuffuor que “ l’Europe a autant besoin de l’Afrique que l’Afrique de l’Europe”. C’est en comprenant cela tout simplement que les relations UE-Afrique pourront réellement fonctionner, quitte à ce que les pays africains, réorientent leur boussole, continuent leur virage vers l’Orient et jettent leurs ancres en Chine, en Inde ou à Singapour. Il faut que les dirigeants africains apprennent à faire preuve de realpolitik et de « realeconomik ». Les études actuelles ont montré que le dynamisme économique mondial n’est pas dans le Vieux monde mais bien en Asie. Donc raison de plus d’exiger des dirigeants européens la mise en place d’une “stratégie de développement AVEC l’Afrique” et non “une stratégie de développement POUR l’Afrique”, comme ça a été toujours le cas dans le passé.

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